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SAINT-DALMAS VALDEBLORE, SAMEDI 31 MAI 2008 Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais dans tous ces trucs de l'AMONT, le rendez-vous est toujours devant la Mairie ! Eh bien, pas cette fois ! Indiana nous avait donné rendez-vous devant l'église ! Je sais bien, on me dira que la Mairie elle est pas là, elle est à la Bolline, et que ce n'est pas très pratique pour visiter Saint-Dalmas de se donner rendez-vous à la Bolline ; d'accord, mais moi je préférais penser que c'est parce qu'elle est particulièrement belle, l'église de Saint-Dalmas, encore plus belle que toutes celles que nous avons visitées depuis le début. Rendez-vous donc à 14 heures devant l'église. Eh bien croyez moi si vous le voulez (et si vous ne le voulez pas, c'est pareil), à l'église il y avait un mariage, et ils n'ont pas voulu nous laisser entrer ! Si, si, comme je vous le dis. Peut-être que 45 personnes (dont plusieurs enfants et un bébé en poussette, il n'y a pas d'âge pour la culture) qui s'occupent de Patrimoine, ça ne leur a pas paru très catholique ; ou alors ils ont eu peur qu'on ne sache pas chanter, nonobstant le fait qu'Antoine, qui anime la prochaine visite à La Bollène-Vésubie, est membre des chœurs du Mercantour ! Bref, on n'a pas pu aller à l'église ; alors on a trouvé refuge et accueil à la chapelle des Pénitents Blancs ! Le Prieur, qui était là, nous a dit que l'aide et le secours aux voyageurs égarés, c'était leur vocation… Soyons un peu sérieux. L'église étant effectivement inaccessible pour cause de mariage, nous avons commencé la visite par la chapelle des Pénitents Blancs, tout de suite à l'intérieur de l'enceinte. Saint-Dalmas est en effet un village médiéval fortifié, blotti à l'intérieur de ses murs remparts, que la route évite et qui a conservé deux de ses trois portes ; les Pénitents Blancs sont à l'intérieur, mais sans doute, comme toujours, à l'extérieur d'une première enceinte (qui n'a pas laissé de traces visibles dans le tissu urbain).
Très intéressante causerie du Prieur (il reste cinq membres de la Confrérie dans le village, autrefois tout le monde en faisait partie), qui rappelle la fonction d'assistance matérielle et morale de la Confrérie, créée en 1647. C'est aussi l'occasion d'évoquer la vie quotidienne autrefois, les relations de village à village, du temps où la route du col Saint-Martin n'existait pas et où l'on montait de la Vésubie à pied. C'est l'occasion aussi de bien placer chronologiquement les différents villages de Valdeblore, (plus on descend vers la Tinée, plus ils sont récents) : Saint-Dalmas créé au XIème siècle, La Roche au XIIIème, La Bolline et ses hameaux pas avant le XIVème siècle ; La Bolline qui jouait un rôle de "comptoir", réceptionnant les marchandises qui montaient par la Tinée avant de les redistribuer vers La Roche et Saint-Dalmas De la chapelle, Indiana conduit la foule à travers ruelles, escaliers et voûtes jusqu'au sommet du village, là où la place et l'école ont éventré le rempart et remplacé la porte Est ; au passage, on admire un linteau, une porte à bossages, un porche, des décors de murs et de fontaines, et même un cippe romain réemployé en base d'encadrement de porte. On ne saurait visiter Saint-Dalmas sans s'attarder sur la légende du méchant seigneur et de sa malheureuse épouse ; la toponymie s'y prête : le seigneur enfermait son épouse et ne lui donnait que du pain et de l'eau : ses cris ont donné le nom du vallon de Bramafan ; il la laisse enfin s'échapper : elle se réfugie dans la balme de la Frema ; elle veut regagner son Piémont natal : en route, elle se blesse, la gangrène la gagne et elle perd la jambe au Pépoiri, avant de trépasser à Fremamorte… Quant au seigneur, qui guignait de trop près la promise du charpentier, il y a gagné un bon coup de "manaïro" (petite hache) et perdu la tête par la même occasion ; et c'est depuis que les habitants du lieu se surnomment fièrement les "Manaïros" !
Indiana charme petits et grands avec cette histoire, qu'elle nous raconte avec le sourire devant la maison du seigneur, belle façade austère avec une superbe fenêtre géminée. Un peu plus haut, autre intérêt, les Uminos (Émines), mesures à blé creusées dans le roc ; ailleurs, elles ont été fréquemment détruites et Saint-Dalmas en possède l'un des rares exemplaires (plus fréquents en Italie). Le haut du village offre une superbe vue sur les maisons du mur sud, qui constituent le rempart le long du chemin du Portalet, rempart que n'ouvre effectivement que la petite porte (de secours) du Portalet. Pour en appréhender la vue d'ensemble, il vaut mieux aller sur le chemin des Bois Noirs. Mais de là où nous sommes la vue de détail permet d'admirer à la fois le travail d'architecture, de charpente et de menuiserie des maisons ;
sans compter le lavoir, certes plus tardif mais superbe. À défaut de visiter l'église, il est temps au moins d'aller en admirer les extérieurs.
L'église Sainte-Croix fait partie de la grande famille des édifices religieux dans la mouvance de l'abbaye de Pedona (San Dalmazzo di Borgo) ; un premier sanctuaire est attesté dès le 7ème siècle ; l'histoire mouvementée de la région, tant sur le plan historique que sismique, fait qu'on connaît au moins trois reconstructions, totales ou partielles de l'édifice ; la dernière, au XVIIème, suite à une coulée de boue qui avait emporté le porche et surhaussé le niveau des extérieurs, aboutira au comblement du plancher de la nef et de la crypte préromane ; il faudra attendre les récents travaux de voirie pour que l'on redécouvre l'ancien niveau de base et que l'on dégage la crypte. Avant de se séparer, certains du groupe se la jouent "cinéma" d'autres font quelques emplettes, Indiana vérifie qu'elle n'a rien oublié et le Président se découvre une nouvelle casquette (encore une ? Mais où s'arrêtera-t-il ?) : distributeur de cartes postales ! Allez, à samedi prochain. |
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