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SAMEDI 7 JUIN 2008 Pour une fois, on va commencer par la fin ! Non pas que le début soit inintéressant, on le verra ci-dessous, mais la fin fut si sublime que je ne résiste pas au plaisir de vous la raconter d'abord. Imaginez, en contrebas de la place de la Mairie, alimenté d'abondance par cette eau dont depuis deux heures Antoine et toute l'équipe autour de lui ne cessaient de nous démontrer l'importance dans tous les coins du village, eau courante ô combien relayée dans l'instant par les verses tombées du ciel, imaginez donc un lavoir, une série de lavoirs alignés, plutôt, et devant ce lavoir une sorte d'agitation et de la fumée ! Oui, oui, je dis bien, de la fumée ! Il y avait là un feu de bois, entre deux parpaings de ciment, sur ce feu une lessiveuse avec linge et cendre, lessiveuse servie par une "bugadière" en costume d'antan, et devant le lavoir une autre bugadière qui faisait la lessive, et qui frottait, et qui tapait le linge ! Derrière elles, "séchaient" (je mets entre guillemets, parce que pour sécher… ) les pièces déjà lavées, dessous féminins et robe d'enfant de la même époque que les costumes des bugadières ! Le tout sous des trombes d'eau, longtemps retenues pour nous permettre de faire l'essentiel de la visite, mais qui avaient fini par déborder des nuages ! Spectacle si sympathique, superbe et pour tout dire surréaliste ! Et qui mettait une touche finale irrésistible à une visite organisée et menée, d'un bout à l'autre, de main de maître. Dans la série des Villages de l'Amont, cru 2008, La Bollène restera, entre autres, comme la visite ayant attiré jusqu'ici la plus forte assistance (autour ou même plus de 80 personnes), ayant mobilisé la plus forte équipe d'animation locale (c'était le vœu d'Antoine, réussi au-delà de toute espérance) et ayant reçu la plus forte quantité d'eau de pluie durant les deux heures de la visite ! Revenons donc au début. Inquiet pour le temps, Antoine FLANDI commence à 14 heures tapantes, juché sur la margelle de la fontaine pour se faire entendre de la nombreuse assistance. Présentation rapide, et l'on se dirige d'un pas alerte vers le cimetière, point le plus haut du village (comme souvent), d'où la vue, nous assure-t-il, est magnifique d'ordinaire ! On le croit bien volontiers !
Comme il y a là une autre table, il reprend sa position favorite, toute en hauteur, et avec la complicité de René Rapuc nous retrace à la fois le réseau des chemins (et des chapelles qui en même temps marquaient les entrées du village et le protégeaient) et le cheminement de l'eau, essentiel pour comprendre le village, sa situation, sa vie et son économie. C'est qu'ici passe, aujourd'hui dans une canalisation, mais autrefois à l'air libre, "dans des troncs de sapins évidés et cerclés de fer", le canal Saint-Roch, autrement dit des moulins, de Saint-Sauveur, de Malagratta, et j'en passe. Justement le canal, on le suit en redescendant vers le village, en stationnant un instant à l'école, puis en gagnant le moulin communal ; l'eau alimentait, au beau temps de La Bollène, un fouloir à chanvre, un moulin à farine, un moulin à huile, une scierie, sans compter les lavoirs et les fontaines.
C'est Lolo Rogéri, qui a déjà plusieurs fois précisé tel ou tel point de détail dans les exposés d'Antoine ou de René, qui se charge d'expliquer le fonctionnement du moulin ; sa qualité d'ancien agriculteur (et de père et beau-père d'éleveurs et fabricants de fromage…) le désigne tout naturellement pour ça. Nous sommes trop nombreux pour pouvoir visiter le moulin, quelques-uns s'y aventurent pendant que le gros de la troupe poursuit. On se rapproche du coeur du village ancien, sous la conduite cette fois de Nadine Emdin et de Josette Favre. La porte d'enceinte voûtée, qui protégeait des ennemis et, dit-on, des loups, les maisons patriciennes des quelques grandes familles du village, l'ancienne maison commune (La Bollène s'administre elle-même, sans seigneur, depuis le début du XVIème siècle), l'ancienne chapelle des Pénitents Blancs, aujourd'hui Musée des Papillons, tout cela est détaillé pour nous par l'équipe enthousiaste de nos guides. Entre temps, nous sommes montés à l'église. Nous y attend, pour rester dans l'air humide, une farandole d'escargots ; sauf que ceux-ci, renouant avec une antique coutume, ont vu leur coquille remplie de suif ou d'huile, et tentent tant bien que mal de maintenir leur flammèche allumée ; et, autre délicate surprise, nous accueille un superbe carillon des quatre cloches, dû à la dextérité de Jean, sonneur pour son plaisir (et le nôtre) ; pour être sûre de la coïncidence de notre arrivée sur le perron de l'église et du début du carillon, Marie-Berthe surveillait nos allées et venues et était chargée de prévenir Jean ! Succès complet. C'est Sophie qui se charge de nous faire visiter l'église, beau monument baroque très décoré, mais beaucoup moins chargé que d'autres églises de la vallée. Parmi ses richesses, plusieurs tableaux remarquables, dont deux magnifiques panneaux attribués à l'école de Bréa, la statue de saint Maur, l'un des saints protecteurs du village, particulièrement vénéré depuis son intervention miraculeuse lors d'un tremblement de terre qui détruisit de nombreux bâtiments mais épargna la population, la fresque au plafond représentant saint Laurent, l'autre saint patron de La Bollène, etc.
Retour, sous une pluie redoublante, vers notre point de départ, dernières informations sur le village à son apogée (vers 1866) : plus de 800 habitants, surtout cultivateurs mais aussi bergers, quelques artisans, une population assez importante employée dans l'industrie ; mais aussi 330 bovins, plus de 800 ovins, plus de 1000 chèvres et chevreaux, des porcs, des mulets, plus d'une centaine de ruches. Comme pour tous les villages du Haut Pays, la guerre de 14-18, le déclin brutal du système d'économie agro-pastorale et l'exode rural sont terribles pour la population ; 1968 voit le creux de l'évolution démographique, il n'y a plus que 243 habitants au village ; de nos jours, la croissance a repris et le village est remonté aux environs de 500 habitants. La suite de la visite ? C'est la cerise sur le gâteau, déjà racontée au début. Merci à Rita et Gilberte, nos lavandières téméraires qui n'ont pas craint la pneumonie pour nous offrir ce clin d'œil au passé, qui était en même temps la preuve toujours actuelle de la circulation vitale de l'eau. Et le temps de se sécher, chacun s'est retrouvé dans la salle de l'office du tourisme autour du verre amical préparé et offert par Mireille et Sophie. Le temps aussi d'admirer le cahier illustré sur La Bollène que les enfants de l'école ont préparé pour l'offrir à l'AMONT. J'ai oublié de dire que si, lors de chacune des visites, on comptait dans l'assistance des étrangers au village visité et des habitants du lieu, il me semble que la participation des Bollénois a été particulièrement importante aujourd'hui ; dans l'équipe d'animation, bien sûr, mais aussi dans les participants. C'est bien l'ambition de cette entreprise des Villages de l'AMONT : faire découvrir aux voisins et amis les richesses et le patrimoine de nos villages, mais aussi permettre aux habitants eux-mêmes de les redécouvrir et de mieux se les approprier. À dimanche prochain. |
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