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La fête des conscrits

 

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L’appel sous les drapeaux
Au service de la république
Le retour à la vie publique
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Les origines de la Conscription
Le Conseil de révision
La fête des conscrits


Le passage devant le Conseil de révision est un moment important dans la vie des jeunes hommes car il permet d’affirmer sa qualité d’homme et d’obtenir «  un brevet de virilité ». Mais l’épreuve est redoutée car elle est synonyme de déracinement, puisque bientôt il faudra quitter le « pays » et parfois même partir aux colonies [1]. La convocation devant le Conseil de révision est donc un rite de passage fondamental entre la condition de jeune homme et celle d’adulte. Pour clôturer l’épreuve, les conscrits organisent une fête qui réunit toute la « classe » et joue un rôle d’exutoire. Boissons, chants, défilés... permettent d’exorciser les craintes et de donner du courage aux conscrits. On fête aussi bien la réussite des « bons numéros » que la malchance des autres. Cet état d’esprit permet d’expliquer que les conscrits de Saint-Martin portent une chéchia [2]. Il s’agit, par un acte cathartique, de conjurer le sort et d’éviter l’aventure redoutable que représente alors un départ pour les colonies. Cet attribut fait son apparition après la Première Guerre mondiale, et peut avoir été ramené par certains « conscrits » [3] qui ont terminé leur service militaire en Afrique du Nord, parfois plusieurs années après la fin des hostilités.

 

Le déroulement de la fête des conscrits a laissé de nombreux témoignages. A Saint-Martin-Vésubie, la semaine qui précède la tenue du conseil de révision est animée. Plusieurs temps forts apparaissent.

 

Le drapeau des conscrits : Tous les «  classards » se cotisent pour acheter un drapeau tricolore qui va devenir l’emblème de la classe. Chaque classe personnalise sa bannière en peignant ou en brodant une image, généralement dans la couleur blanche (1908 : un fantassin au pantalon rouge « garance », 1911 : Jeanne d’Arc, 1912 : un chasseur alpin, 1914 : un cuirasser, 1926 et 1931 : un cavalier sabre au clair, 1943 : le maréchal Pétain, 1945 : le village survolé par un avion, 1946 : le village[4]). Le drapeau des conscrits est une propriété commune. Il ne peut être ni cédé, ni abandonné. Il est transmis de l’un à l’autre à la suite du décès du titulaire. C’est le «  dernier de la classe » qui le détient [5].

 

La fête des conscrits : Les jeunes gens se réunissent quelques jours avant « l’épreuve » du Conseil. Ils passent dans les familles et récoltent tout ce qui peut être utile à la fête : denrées, argent… « On était invité chez les filles… puis on mangeait tous ensemble, avec elles » [6]. Ces témoignages consacrent le caractère commun de la fête, occasion de renouveler le sentiment d’appartenance au groupe. Avec le drapeau, la classe possédait également la timbale (gros tambour vertical) qu’il fallait « absolument crever avant la fin de la fête, sinon on n’était pas un bon conscrit. Elle était refaite chaque année, payée par les conscrits » [7]. A Saint-Martin, les Conscrits faisaient souvent la fête avec ceux de Belvédère. Jean PLENT [8] le rappelle : « le lendemain, les types de Belvédère nous invitaient à aller là-bas, alors on allait là-bas... ça donnait de l'ambiance, hein ! ». Les villages se rencontraient selon les affinités traditionnelles héritées. La confrontation entre jeunes gens des différents villages du canton ranime les querelles de clocher. Les rivalités ancestrales resurgissent et il arrivait que des affrontements se déroulent entre ceux pour lesquels « l’amitié » n’était pas la même. Jean FRANCO de Belvédère nous racontait encore : « on rejoignait ceux de Saint-Martin, pour faire la fête, mais quand on rencontrait ceux de Roquebillière.... tu comprends... » [9].

 

La farandole des Conscrits : Arrivait enfin le jour du conseil de révision. Les habitudes ont évolué au fil du temps, mais à une époque tardive, il était de coutume de tenter de s’échapper symboliquement. Le vainqueur du « jeu » était celui qui avait réussi à s’éloigner « le plus loin possible sur la route de Nice avant de se faire rattraper par les gendarmes, lancés à leur poursuite » [10]. Il fallait « faire attendre » ces Messieurs, représentants de la plus haute autorité.

 

En sortant du conseil débutait la farandole du Conscrit. Au son du tambour, les conscrits traversent les rues du village en direction du bar. « Alors, on criait : 'Partira', 'Partira pas', 'Partira'... selon » [11].

 

Le Bar du Conscrit : Autre symbole, celui du Bar. C’est l’endroit où se réunit, plusieurs fois par jour, le groupe des nouveaux conscrits, accompagnés par certains de leurs aînés. Les conscrits passent de bar en bar, les écument, et s’en paient de bonnes...... Le phénomène reste mémorable pour tous. Surtout quand on se rappelle que jusqu’après la dernière guerre, il y avait 25 bars à Saint-Martin, 26 à Roquebillière, 16 à Lantosque....

 

La célébration des conscrits ne se limite pas à la semaine du conseil de révision. Au cours de l’année, la classe s’implique dans l’organisation des différentes festivités et notamment celles de la fête patronale. A Saint-Etienne-de-Tinée, les conscrits sont les principaux animateurs de carnaval. Le premier jour de carnaval, les conscrits habillés en blanc (« les fariniers ») mènent à travers les rues du village, des combats de farine, d’œufs, de polochons. Les « conscrites » (les filles de l’année appelée) sont des victimes particulièrement recherchées. « A midi, les fariniers prenaient leur repas au milieu de la place de l’Eglise : morue, aïoli, pommes de terre, beignets et cussonets, le tout bien préparé par les mamans. Il y avait une tenue de rigueur qu’on se prêtait d’une conscription à l’autre : habits récupérés dans l’armée, képis empruntés aux facteurs ou aux douaniers et la taïole » [12]. Ces accoutrements « militaires » soulignent le caractère parodique et ironique de carnaval. Le charivari autorise tous les excès. Déguisements, comportements, bruits, permettent d’éloigner les craintes et de conjurer les peurs. 

 

A Saint-Etienne-de-Tinée, les conscrits sont les héros du Mai. Chaque année, le 30 avril, la classe se charge de dresser le Mai. Cet arbre immense orne la place du village jusqu’au 31 mai, où il est abattu et vendu au profit des conscrits [13].

 

A Roquebillière, avant la guerre, le groupe des conscrits se réunissait pour la Saint Louis et parcourait les rues du village, montait dans toutes les maisons réclamer quelques sous qui servaient de caisse commune pour subvenir à leurs besoins le temps de leur service. Ils récoltaient également quelques denrées qui servaient à leur festin de départ. Aujourd’hui, la Saint Louis a été restaurée, mais le prétexte et la forme en ont disparu [14].

 

La fête des conscrits est une fête civique et républicaine, elle fait référence aux trois couleurs, au tambour, au devoir du citoyen... C’est également une fête de l’émancipation qui par ses aspects satiriques et irrévérencieux rappelle le carnaval et son symbolisme [15]. Les conscrits incarnent le passage de témoin entre les générations. Les jeunes deviennent adultes et endossent de nouvelles responsabilités. La défense du pays et donc du village, leur incombe. Cette transmission de « pouvoir » s’accompagne comme nous l’avons vu de fortes traditions. Les jeunes reproduisent les rites des classes précédentes. Les attributs militaires (bérets, chéchia, clairon, insignes, cahier de chansons [16],…) s’héritent. Les pots de l’amitié et les banquets unissent les différentes générations.

Le temps de l’Incorporation venu, une majorité des conscrits du Haut Pays rejoignent alors les troupes alpines [17].

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[1] - Ibidem, Art. 37 – Troupes coloniales

[2] - Coiffe cylindrique de couleur rouge portée par les populations d’Afrique du nord.

[3]  - Peut-on parler de conscrit après six ans de service, dont le temps de service a parfois commencé avant 1914 et s’est terminé vers 1920, après quatre de guerre...

[4] - Collection du Musée des Traditions Vésubiennes, issue de dons particuliers.

[5]  - Mme BAILE, à la suite du décès de son oncle, a su prolonger ce geste civique en faisant don de l'emblème de la « classe 1908 » au M.T.V., pour qu'il y soit conservé et que son souvenir perdure.

[6] - Témoignage Alain MARTIN, dernière classe a avoir exécuté la fête avant la disparition du conseil de révision au profit des « Trois jours », fond C.E.V., février 2000.

[7] - Ibidem

[8] - CUCURULLO J. Paroles d'un pays. La tradition orale dans les Alpes du Sud, Serre, 1983

[9] - Témoignage Jean FRANCO, fond C.E.V., novembre 1999.

[10] - Témoignage Alain MARTIN, fond C.E.V., février 2000.

[11] - Témoignage Elie ROUBAUDI, fond C.E.V., février 2000. Rappelons que DELRIEU a publié en 1960 le cahier des musiques traditionnelles du Comté de Nice qui répertorie les chansons des conscrits des villages du Haut Pays.

[12] - Collectif En viagé, a San Estèvé, Quelques aspects de la vie à Saint-Etienne-de-Tinée au début du siècle, Association des Stéphanois, 1990.

[13]  - Cette tradition perdure. Cette année, un immense mât, un pin, se dressait sur la place de la mairie et de l’église, avec l’écriteau « Classe 2000 ».

[14]  - Témoignage Jean-Marie CORNILLON, fond C.E.V., avril 2000.

[15] - GILI E. « Les Trevelins, ou l’Homme Sauvage, fond carnavalesque païen de la Vésubie », infra, p. 81

[16] - ROCHE D. & F. « Le carnet de chanson d’un conscrit provençal en 1922 », in Ethnologie française, n° 1, janvier-mars 1979, pp. 15-28

[17] - Loi de 1905, Art. 35 : « Les jeunes soldats à affecter aux bataillons de chasseurs alpins seront choisis de préférence, même s’ils sont d’une taille élevée, parmi les hommes d’une forte constitution et habitués à la marche ne montagne… »

 


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